Le site des Kaps: https://afev.org/actions/colocation-solidaire
Un loyer moins cher contre un engagement associatif, c’est le pacte proposé par les« kolocations à projet solidaire » dans plusieurs métropoles françaises, dont Bordeaux.
Par Jean Berthelot de La Glétais
En apparence, l’appartement dans lequel vit Maëlig avec ses deux colocataires n’est en rien différent de ceux de ses voisins, dans cet immeuble du quartier populaire des Aubiers, à Bordeaux. Trois chambres, 81 m 2, il accueille pourtant une cohabitation un peu particulière : les trois étudiants qui y résident sont des Kapseurs, comprenez des bénéficiaires du programme « kolocation à projet solidaire » (Kaps). « Je profite d’un loyer assez peu élevé, car toutes charges comprises je paie aux alentours de 300 euros. Et je m’engage à ne pas être seulement locataire : je dois aussi m’investir dans le quartier, devenir acteur de différents types d’actions sociales », explique le jeune homme, qui suit un master en médiation scientifique à l’Université Bordeaux Montaigne. « Pour moi, l’opportunité était double : d’une part, trouver un logement abordable dans une ville qui en manque, et puis me mobiliser pour un programme en lien direct avec mon projet professionnel », résume Maëlig, qui s’investit notamment dans de l’accompagnement scolaire. Les Kaps sont nées en 2009, puis arrivées en 2012 à Bordeaux, explique Jérémy Schleiffe, délégué territorial de l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) à l’origine du programme. « Nous sommes partis d’une certitude, celle que les jeunes veulent s’engager, participer à la construction d’une société plus juste, égalitaire et solidaire. Et d’un constat, celui d’une difficulté à se loger dans les grandes métropoles comme Bordeaux. Nous partons des centres d’intérêt des locataires pour venir appuyer une dynamique locale, dans le parc social et les quartiers de politique de la ville (QPV) en particulier ».
Des implications mutliples
Après Pessac, Bègles et une première colocation dans Bordeaux, à la Benauge, ce sont donc les Aubiers qui accueillent depuis la rentrée 2024 une quatrième Kaps dans l’agglomération. Ils sont 28 à l’avoir investi, et seront 44 l’an prochain. « Ce sont des implantations rendues possibles grâce à la collaboration des bailleurs sociaux, en l’occurrence celui de la Métropole, Aquitanis », poursuit Jérémy Schleiffe. « C’est ce qui nous permet de proposer des loyers abordables. En moyenne en France, un étudiant va payer 570 euros pour son logement. Là, hors APL et charges comprises, nous sommes entre 190 et 460 euros. » Et ne parlez pas de contrepartie aux responsables des Kaps : eux préfèrent évoquer un projet global, d’une envie de s’inscrire dans la vie de la cité. « C’est une manière de vivre différemment son habitat, ce n’est plus de l’habitat-dortoir », poursuit Jérémy Schleiffe. « Nous proposons trois grands axes d’engagement : le premier c’est le mentorat, on met en lien les kapseurs avec un enfant du quartier, de 4 à 18 ans, via des écoles ou des centres sociaux, et il va l’accompagner, par exemple deux heures par semaine.» Un mentorat qui inclut de l’aide aux devoirs, mais aussi de l’ouverture culturelle, des actions visant à renforcer la curiosité, la confiance en soi, etc. « Ensuite on les amène à rencontrer des acteurs associatifs du quartier, pour découvrir et comprendre l’écosystème, et s’investir de manière ponctuelle ou régulière dans des actions déjà existantes. Enfin nous avons des cartes blanches, les kapseurs peuvent proposer de qu’ils veulent, des expériences scientifiques, de la musique… Nous essayons de mettre en place des animations chaque samedi après-midi. »
Cinq ans d’investissement
Chaque kapseur consacre en moyenne 4 à 5 heures par semaine à ces diverses missions. « Parfois, il s’agit d’événements assez simples, un temps de jeux de société ou de lecture à la bibliothèque, par exemple. Parfois, cela nécessite plus d’organisation, comme pour le marché de Noël que nous sommes en train de monter », détaille Maëlig. « C’est passionnant car il faut trouver un lieu, donner du sens aussi à ce que l’on fait, réaliser des affiches, communiquer sur l’événement, chercher des partenaires… C’est une expérience qui sera toujours utile, ensuite. » Les Kaps ont déjà séduit 69 jeunes en Gironde, et ils seront 85 l’an prochain. Et pour beaucoup, ces locataires s’imaginent profiter à long terme du dispositif, accessible jusqu’à ce qu’ils deviennent trentenaires : « ils restent en moyenne 5 ans », reprend Jérémy Schleiffe, « et ce sont toutes ces microsociabilités qui contribuent à améliorer la vie d’un quartier, et sont complémentaires des initiatives, nombreuses, qui existent déjà. » À leur manière, elles participent à l’écriture d’un narratif commun, aussi : l’hiver dernier, une grande fête était organisée pour marquer la démolition de l’emblématique dalle des Aubiers. Les Kapseurs en ont été partie prenante, s’inscrivant également dans l’histoire de leur quartier.





