Impossible d’y échapper. Dans les coffee shops bordelais, le matcha s’est imposé comme la boisson incontournable du moment. En latte glacé, dans des pâtisseries ou revisité avec des laits végétaux, cette poudre verte venue du Japon est devenue un véritable marqueur lifestyle.
Mais derrière cette esthétique parfaitement calibrée pour Instagram et TikTok, une réalité s’installe progressivement : le matcha devient difficile à trouver. Certaines références sont en rupture, les prix augmentent, et les cafés doivent parfois adapter leurs approvisionnements. Une situation qui fait désormais parler de “pénurie de matcha”.
Une boisson devenue une obsession mondiale
Le matcha n’est plus seulement une boisson : c’est un phénomène culturel. Sur les réseaux sociaux, les vidéos de matcha latte, de “morning routines” ou de recettes maison cumulent des millions de vues. Sa couleur verte intense, son image “healthy” et son esthétique minimaliste en ont fait un incontournable des tendances food.
Pour certains, il remplace le café. Pour d’autres, il incarne un mode de vie plus doux, plus équilibré, presque ritualisé.
Résultat : le matcha s’est imposé dans les coffee shops du monde entier, des grandes capitales aux villes comme Bordeaux, où il est désormais une valeur sûre des cartes de boissons.
Mais cette popularité massive a un effet direct : la demande explose à un rythme que la production ne suit plus.
Une production artisanale et limitée
Le matcha n’est pas un produit industriel comme les autres. Le véritable matcha japonais est issu d’un processus long et très précis. Les feuilles de thé sont d’abord cultivées à l’ombre plusieurs semaines avant la récolte, une étape essentielle pour développer leur couleur et leur richesse aromatique.
Après la récolte, les feuilles sont séchées puis broyées lentement entre des meules de pierre afin d’obtenir une poudre extrêmement fine. Ce procédé traditionnel est lent, exigeant et ne peut pas être industrialisé à grande échelle sans perdre en qualité.
Or aujourd’hui, les producteurs japonais font face à une demande mondiale en forte croissance. Certaines maisons historiques limitent déjà leurs ventes, notamment sur les qualités premium, les plus recherchées par les coffee shops et les amateurs.
Le Japon sous pression
La situation est particulièrement visible dans les régions productrices comme Uji, près de Kyoto, réputée pour la qualité de son matcha. Les stocks se tendent, les exportations sont encadrées et certaines références deviennent plus difficiles à obtenir à l’international.
Plusieurs facteurs expliquent cette tension : une production agricole très spécifique, mais aussi un vieillissement de la population japonaise dans les zones rurales. De moins en moins d’agriculteurs sont formés à ces méthodes traditionnelles, ce qui limite encore davantage la capacité de production.
À cela s’ajoutent des conditions climatiques plus instables, qui impactent directement les récoltes de thé.
Des prix en hausse et des stocks sous tension
Conséquence directe de ce déséquilibre entre offre et demande : les prix augmentent. Les qualités premium, utilisées pour les boissons haut de gamme, deviennent plus difficiles à sourcer et plus coûteuses à importer.
Les coffee shops doivent s’adapter. Certains anticipent leurs commandes plusieurs mois à l’avance, d’autres ajustent leurs recettes ou proposent différentes gammes de matcha selon les stocks disponibles.
Car tous les matchas ne se valent pas. Entre une poudre destinée à la cuisine et un matcha cérémonial japonais, les différences de goût, de texture et de couleur sont importantes. Mais sur un marché sous tension, ces distinctions deviennent parfois secondaires face à la disponibilité.
Quand une tendance dépasse la tradition
Au-delà de la simple question d’approvisionnement, cette situation met en lumière un phénomène plus large : la transformation d’un produit culturel en tendance mondiale ultra-consommée.
À l’origine, le matcha est profondément ancré dans la culture japonaise et notamment dans la cérémonie du thé, où il occupe une dimension rituelle et symbolique. Aujourd’hui, il est devenu un produit lifestyle, parfois réduit à son esthétique sur les réseaux sociaux.
Sa popularité, amplifiée par TikTok et Instagram, a créé une demande mondiale qui dépasse largement les capacités de production initiales.
Une tendance qui ne ralentit pas
Malgré les tensions sur le marché, le matcha ne semble pas perdre en popularité. À Bordeaux comme ailleurs, il reste l’une des boissons les plus demandées dans les coffee shops tendance.
Entre attrait pour ses bienfaits supposés, son goût unique et son image parfaitement alignée avec les codes actuels du bien-être, il continue de séduire une génération en quête de nouvelles habitudes de consommation.
Reste à savoir si cette “pénurie de matcha” est un simple déséquilibre temporaire… ou le signe que la boisson la plus tendance du moment est en train de devenir un produit rare.





