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Abatilles : Qu’est ce qui se cache derrière cette eau mythique du Bassin d’Arcachon qui fête cette année ses 101 ans ?

Admettez-le : vous l’avez déjà croisée sans vraiment la regarder. Sur la nappe d’un restaurant du Bassin, dans les vestiaires d’un stade, sur la table d’une belle adresse parisienne. Une bouteille reconnaissable entre mille, avec ses manchons bleu et rouge. Abatilles vient de fêter ses 100 ans, et c’est une histoire bien plus pétillante qu’on ne l’imagine. Nous avons rencontré Hervé Modet, son PDG, pour qu’il nous la raconte.

Tout a commencé par une erreur de cible

L’histoire de l’eau d’Abatilles ressemble à un scénario de film. Au départ, on ne cherchait pas de l’eau, on cherchait du pétrole. Un Breton s’était mis en tête de forer très profondément sur le Bassin, traversant les nappes superficielles. Le forage qui alimente aujourd’hui la marque est en réalité le cinquième : quatre autres se trouvent au-dessus.

Au cinquième, il s’arrête. Une source jaillit naturellement. Il la fait analyser et découvre des caractéristiques singulières, notamment une eau très sulfurée. Pas de pétrole, mais un trésor : le lieu devient un centre d’accueil et de soins, où l’on venait se faire du bien. Après les années difficiles de l’après-guerre, la source est reprise par Vittel puis le groupe Nestlé, avant de changer de mains en 2008.

Un coup de cœur, pas une stratégie

C’est la partie que l’on adore. Fin 2012, Hervé Modet reprend la source avec un associé. Pourtant, rien ne les y destinait : « Mon histoire et celle de mon associé, c’est le vin. Je suis négociant en vin. On n’avait pas du tout ce genre de projet. » Tout bascule après un déjeuner à Arcachon, à côté d’un associé à la source, qui lui propose de la visiter. « Pendant la visite, il m’a dit que c’était à vendre et j’ai eu un coup de cœur. Pas une stratégie, pas un truc comme ça. » Verdict : « Trois mois après, on était là. »

Ce qu’ils trouvent alors ? Une marque en sommeil, mais bien vivante dans les mémoires. Chacun a une anecdote à raconter, parfois vraie, parfois très embellie. « La marque appartenait à tout le monde », admet l’un des dirigeants. Il a fallu la remettre sur la route avec humilité, de nouveaux moyens, une nouvelle image, et beaucoup d’énergie.

Le secret : une eau qui sait s’effacer

Voilà le paradoxe qui fait son succès : Abatilles est neutre en goût, avec zéro nitrate. Pour un chef, c’est la qualité absolue. Une eau trop typée peut dénaturer un plat ou brouiller une dégustation, alors qu’une eau neutre laisse la vedette à l’assiette. C’est pourquoi la marque s’est développée avec une vraie ambition restauration, en plate comme en pétillante.

Résultat : après la côte atlantique, c’est désormais Paris qui s’offre à elle, avec une belle implantation dans la restauration haut de gamme. Une jolie revanche pour une eau du Bassin, dans un secteur où dominent surtout les géants et quelques indépendants.

La source, côté authentique

Là où l’histoire devient presque poétique, c’est à la source elle-même. Chaque matin, de 10h à midi, on peut venir y goûter l’eau à la sortie. Et il faut oser : à l’émergence, elle a une odeur et un goût de soufre qui ne séduisent pas du premier coup. Mais cette caractéristique fait justement sa singularité.

Mais cette odeur n’est conservée que 48 heures : à l’air libre, le soufre change de forme et l’odeur s’évanouit, tout en gardant ses qualités. « On a la qualité, mais on n’a plus l’odeur. » Autrement dit, la bouteille que vous ouvrez chez vous est bien la même eau, sans son parfum d’origine.

Et il existe de vrais fidèles ! Certains habitants du quartier viennent chaque jour remplir leur litre et demi, par abonnement, parfois depuis des décennies et des générations. Ils racontent que des médecins locaux leur conseillent cette eau, réputée pour ses vertus détoxifiantes. Un rituel du quotidien, simple et sincère, que l’on aurait presque envie de s’offrir à notre tour.

Un ancrage local, et du sport en bonus

La petite entreprise a bien grandi. Elle comptait une vingtaine de salariés à la reprise, elle en emploie aujourd’hui une soixantaine et a triplé son chiffre d’affaires, tout en restant une entreprise locale. De quoi être fier, quand on vient du négoce de vin et qu’on a installé les machines, recruté les équipes et lancé une marque.

Abatilles est aussi très présente dans le sport : l’UBB à Bordeaux, le Stade Toulousain, le TFC, le FC Nantes et le Racing à Paris font partie de ses partenaires. Pas de visage unique pour incarner la marque, par choix : trouver une légitimité qui ne fasse pas de jaloux, c’est un vrai casse-tête.

Le mot de la fin

Cent ans après sa naissance par accident, Abatilles est la preuve qu’une belle histoire ne s’invente pas : elle se rencontre. Une eau de caractère, ancrée dans son territoire, portée par des passionnés qui n’avaient rien prévu.



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